épiZ Tradition : vive le Papier !

Par Olivier Bruzek

La décision a été facile à prendre. Je me suis contenté d’appliquer le bon vieil adage des affaires : écouter ses clients. Et pouf ! Nous l’avons fait ! Désormais épiZ est disponible sur papier. Notre offre iPad, iPhone, Android ne change pas. Elle reste toujours à son prix incomparable de 3 euros par mois pour 28 épisodes d’histoires originales.

Une offre papier ?

Oui ! Et elle a pour nom épiZ Tradition !

Mais attention, il ne s’agit pas de n’importe quelle offre papier. En effet, épiZ Tradition permet aux enfants de recevoir par la Poste un courrier personnalisé et manuscrit, les aventures extraordinaires de nos héros. A l’heure où les Snapchats, Messenger, Instagram, Twitter, Facebook, Whatsapp rivalisent d’ingéniosité pour grignoter des parts de marché aux poids lourds du e-mail, notre démarche a de quoi surprendre. Et pourtant…

Recevoir une lettre unique, ornée de timbres de collection et d’un cachet de cire à l’ancienne ne laisse personne indifférent. Et surtout pas les parents, les parrains et marraines, les grands-parents qui, sensibilisés par les dangers des écrans à haute dose (http://www.atlantico.fr/decryptage/addiction-aux-ecrans-fleau-pour-jeunes-au-meme-titre-que-tabac-toutes-questions-qui-se-posent-quand-on-est-parent-francois-marie-2892653.html) souhaitent que les enfants se protègent le plus longtemps possible des risques inhérents à ce séduisant mode de diffusion. Certes, le plus grand danger à nos yeux reste et demeure la lumière bleue (http://www.lci.fr/sante/lumiere-bleue-avez-vous-besoin-de-vous-en-proteger-1564375.html). Aussi, offrir un temps de répit aux yeux des enfants afin qu’ils trouvent toujours plus de plaisir dans la pratique de la lecture est une évidence aux allures de must.

Donc, désormais épiZ Tradition est disponible pour la modique somme d’un euro par jour, soit 90 euros pour un trimestre en France. Chaque semaine, les parents recevront une grande enveloppe comprenant les sept enveloppes quotidiennes qu’il conviendra de distiller jour après jour à la petite fille ou au petit garçon qui pourront, ensuite, ranger leurs histoires dans un classeur (petit ou grand format) afin de les retrouver régulièrement.

Je dois vous préciser que cette offre ne sera pas seulement accessible aux seuls petits Français. Mais à quiconque disposant d’une adresse sur la planète Terre ! En effet, nous avons soupesé chaque lettre, trouvé les bons papiers, déniché les enveloppes à la fois légères et solides afin de pouvoir les envoyer aux quatre coins du monde au prix de 35 € par mois dans l’Union Européenne et de 42 € par mois pour le reste du monde.

D’ores et déjà, je tiens à remercier tous ceux qui nous ont fait confiance et qui continuent à nous faire confiance. A quelques semaines de Noël, je vois le nombre de nos commandes grimper. C’est extrêmement encourageant. Et c’est un immense hommage pour le temps passé à rédiger nos désormais centaines d’épisodes disponibles sans équivalents.

Pour vous inscrire, il vous suffit de m’envoyer un mail et je vous répondrais sur la marche à suivre. Vous verrez c’est simplissime comme de recevoir une lettre quotidienne !

Anciens et modernes

Par Olivier Bruzek

Tout est parti d’un papier publié cet été dans « le Monde » . L’édition campus du quotidien du soir, devenu flux électronique permanent du soir au matin, s’est appuyé sur une rigolote petite publication issue des petits cahiers de Pierre Larousse pour proposer un quiz en ligne sur les difficultés orthographiques. « Auriez-vous été bon en orthographe en 1870 » égraine 150 questions plus ou moins compliquées qui auraient toutes eu leur place dans l’une des dictées de Bernard Pivot. A moins de 5 €, je me suis lancé pour me tester. L’occasion était trop belle de m’évaluer par rapport à… mon arrière-arrière-grand-père.

Bon, alors. Avant de vous dévoiler le résultat, vous devez savoir une chose : je pense appartenir à cette catégorie de personnes attendries par « la grammaire est une chanson douce« .

OK. L’heure de la douche froide, maintenant. 150 questions : 102 bonnes réponses.  Je vous donne les résultats cliniques. ce qui fait, attendez, je pose trois, je retiens cinq et, en appliquant la racine carrée de l’âge du chef de gare moins la dérivée seconde de la pression atmosphérique relevée un jour de grande marée à Oulan-Bator, l’équivalent de… 24,3/20.

Non, je me suis trompé. Oui, je reprends. Ce qui nous fait 13,6/20. Mention bof.

Franchement, j’espérais (beaucoup, beaucoup, beaucoup) mieux. Là où je m’inquiète, c’est qu’au temps de ma splendeur lorsque j’étais jeune et beau journaliste talentueux au magazine « le Point », j’ai aligné pas moins d’un millier d’articles. Et qu’avec épiZ, j’ai quelques centaines d’épisodes à mon actif. Bref, JE NE SUIS PAS UN LAPEREAU DE SIX SEMAINES OPTION MAITRE CAPELLO.

Il n’empêche qu’en 1870, j’aurais eu droit au bonnet d’âne, au piquet, à la règle sous les genoux sur l’estrade et aux coups sur les doigts…

 

Mais pourquoi ?

Oui, pourquoi, sachant que je viens d’un milieu plus que favorisé, que j’ai eu la chance d’aller dans de merveilleuses écoles et de croiser le chemin de fantastiques enseignants ?

En fait, j’ai ma petite idée. Parce que dans les 150 questions posées par le fascicule Larousse se nichent des formes et du vocabulaire qu’on n’utilise guère plus. Bref, on étouffe la finesse et la diversité.

Tenez, un exemple. Question : « En France, les nobles se sont, pendant de longs siècles, (arroger) tout l’honneur national. » Comment doit-on accorder le verbe entre parenthèses ?

1- arrogé

2- arroger

3- arrogés

D’emblée, j’ai cliqué sur la réponse 3 : ils se sont arrogés. Badaboum ! NON ! c’était le choix 1. Et pour cause : « Le participe passé du verbe « s’arroger » ne s’accorde jamais avec le sujet. Il s’accorde par contre avec son C.O.D. quand celui-ci est placé avant le verbe : « les droits qu’ils se sont arrogés ».

Calmés ?

Mon problème vient, et je pense qu’il est commun à ma génération d’enfants nés à la fin des années 60, du fait que le système scolaire a tout voulu simplifier. Attention, les règles sont restées les mêmes, l’orthographe n’a pas été spécialement simplifiée. On ne nous a pas incité à voir plus loin que le petit bout de la lorgnette.

Au début du XXe siècle, une des leçons de morale écrite sur les tableaux noirs des écoles de la IIIe République rabâchait un principe essentiel : « si tu échoues, recommence ».

Cela va peut-être vous sembler vieux c*n d’écrire ça, mais lorsque je vois le cerveau des enfants et combien ce sont des éponges, je regrette qu’on ne les sollicite pas davantage. Le par-coeur peut sembler dérisoire, mais toutes ces poésies, toutes ces règles de grammaire sont des exercices qui, plus tard, vont être des tremplins lorsqu’il s’agira d’apprendre par coeur des listes de vocabulaires d’autres langues ou de métiers.

Notre Monsieur le Ministre de l’Education Nationale a proposé une petite réforme en ce sens.  Il voudrait que l’apprentissage de la division se fasse dès le CE1 et que les quatre opérations soient enseignées dès l’âge de 7 ans.

Oui ! Oui ! Oui !

Car enfin, ce qui est mauvais pour les enfants, c’est de ne pas leur faire rencontrer au plus tôt l’exigence. Personnellement, je ne suis pas partisan de l’autoritarisme excessif qui sanctionne l’échec à l’école. Ces petites tyrannies font plus de mal que de bien. En revanche, faire en sorte que notre progéniture côtoie une connaissance tous azimuts alors là, oui ! C’est le plus grand cadeau qu’on puisse leur faire pour aujourd’hui, demain et même après-demain.

De grâce, cessons de simplifier et de contourner les problèmes et prenons nos enfants pour ce qu’ils sont : des êtres prodigieux capables du meilleur dans un monde où notre civilisation a les moyens de leur offrir la quintessence de la connaissance.

Chiche ?

Derrière la moustache du capitaine Moustache…

 

Par Olivier Bruzek

Très prochainement, épiZ va publier les aventures du capitaine Moustache. De tous les personnages que j’ai imaginés, de toutes les histoires que j’ai écrites, c’est l’une de celle qui me tient le plus à coeur.

Je sais exactement quand est née en moi l’idée de cette saga. C’était le samedi 27 juin 2015, lendemain du vendredi lorsque le Président Barack Obama entonna « Amazing Grace » lors des obsèques d’un pasteur noir, aux côtés de huit de ses paroissiens afro-américains, assassinés par un raciste blanc dans son église à Charleston en Caroline du Sud

Amazing Grace n’est pas un cantique anodin. Son choix par le Président d’alors est un symbole puissant. Il évoque l’incroyable grâce de l’amour et du pardon divin. C’est John Newton, un Anglais né au XVIIIe siècle qui en a l’idée. Capitaine de navire négrier entre l’Afrique et les Amériques, John Newton manque de périr en mer lors d’une épouvantable tempête en mai 1748. Ce jour-là, il est touché par la grâce de Dieu qui lui fait prendre conscience de l’abomination de ses actes. En échange de sa conversion et de son salut, John Newton est sauvé. La tempête s’arrête. Avec les années, il cesse son commerce, devient prêtre et milite pour l’abolition de l’esclavage.

Depuis, Amazing Grace a conquis le monde. Il célèbre l’immense amour de Dieu et de son prochain.

Les récents et sinistres événements de Charlottesville en Virginie où les atermoiements du Président Trump ont un peu plus creusé le fossé entre deux Amériques, héritières du conflit sécessionniste, j’ai compris que la question de l’esclavage demeure, hélas, d’actualité, tout comme la place dans nos sociétés modernes des descendants de ces hommes et de ces femmes qui n’ont jamais demandé à quitter leur terre.

C’est de ce jour que j’ai voulu créé le Capitaine Moustache, pirate haut en couleur, naviguant sur la Caraïbe au XVIIIe siècle. Avant d’être le capitaine Moustache, Louis-Archambault Missonnier est un pirate classique qui se fait appeler Barbe-Blonde. Il est sanguinaire, attiré par l’or, colérique, alcoolique, violent et prêt à tout pour éviter que son équipage ne se mutine. Comme tous les pirates de son époque, la vie à bord de son navire, le Griffon Noir, est extrêmement réglée. Les pirates ont beau avoir rejeté l’existence continentale et terrestre pour embrasser une vie aventureuse débridée, ils n’en ont pas moins adopté des règles quotidiennes de vie très rigoureuses et strictement égalitaires.

Le hasard des marées et des campagnes vont conduire Barbe-Blonde sur le chemin d’un jeune homme épris de justice, le comte Paul-Hélie de Firénac, aristocrate français, blanc par son père et noir, fils de princesse Peule par sa mère. Mélange du chevalier de Saint-Georges et de Toussaint Louverture, il a été éduqué à Paris selon les principes émergents des Lumières. Le jeune homme est en mission secrète pour tenter de freiner l’esclavage qui fait rage du fait du commerce triangulaire. Il demande de l’aide à Barbe-Blanche. Dans un premier temps, celui-ci accepte, avant de trahir sa promesse sous un prétexte fallacieux où se retrouve la patte égoïste que tout homme porte en lui.

Cette décision va se retourner contre le pirate. Un mystérieux personnage, deus ex machina du plan secret du jeune comte, va maudire Barbe-Blonde. Celui-ci va payer sa trahison de la pire façon qui soit : il va le rendre immortel, à la façon du juif errant qui pour n’avoir pas aidé Jésus sur le mont des Oliviers va être condamné à errer sur Terre jusqu’à la fin des temps. Barbe-Blonde va être frappé du même châtiment pour ne pas avoir aidé à mettre un terme au plus abject des commerces : celui des hommes par les autres hommes.

On estime qu’entre 10 et 15 millions de noirs quittèrent l’Afrique pour un voyage sans retour de l’autre côté de l’Atlantique. Cette saignée dans ce continent a longtemps été payée en ralentissant son développement économique ainsi que démographique.

Pour expier son crime, le Capitaine Barbe-Blonde, comprenant peu à peu la terrible erreur qu’il a commise va changer de surnom, un passe-partout qui lui permet de traverser les siècles, mais surtout son allure. A jamais, il rasera sa barbe qui signe son infamie et arborera une moustache, signe de l’homme nouveau, plus raffiné que l’ancien et surtout engagé dans un combat de justice.

Lourd et balourd à la fois, le capitaine Moustache incarne l’homme qui après avoir joui des vertus de l’oubli, rappelle à toute l’humanité, quels chemins sont justes et quels chemins ne le sont pas. Tout au long de ses aventures, actuelles ou passées, le Capitaine Moustache se chargera de nous apprendre combien nos décisions nous engagent et, combien, la vie ou ses lendemains peuvent être fragiles.

De Rocambole à rocambolesque

Par Olivier Bruzek

1857 fut, selon moi, une année pivot dans l’histoire de la littérature française du XIXe siècle. Cette année là, plusieurs œuvres majeures furent publiées parmi lesquelles :

« les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire ;
« Madame Bovary » de Gustave Flaubert ;
« Les Nouvelles Extraordinaires » d’Edgar Allan Poe dans sa version française ;

Et, et, et… « L’héritage mystérieux » de Pierre Ponson du Terrail.

Comment ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? Tsss ! Tsss !

OK. Je confesse. Moi aussi jusqu’à peu, j’ignorais tout du texte et de son auteur. En revanche, je connaissais le nom de son héros : Rocambole. Ce surnom affuble un adolescent orphelin qui sera bientôt adopté par Maman Fipart, une cabaretière qui verse dans l’escroquerie. Il sera repéré par une figure de la pègre londonienne : sir William. Carambole est une fripouille attachante. Ce héros littéraire d’un autre temps nous a légué un mot : rocambolesque, à l’image de ses aventures picaresques, aux rebondissements inattendus. Rocambole est assurément un des nombreux ascendants d’Arsène Lupin, le raffinement en moins.

Pierre Ponson du Terrail en imaginant son personnage répondait en fait à une commande : celle du directeur du journal « La Patrie » qui voulait reproduire le succès des « Mystères de Paris » d’Eugène Sue, publiés sous la forme de feuilleton-roman (comme on disait à l’époque) dans le « Journal des Débats ».

Pour tenir, le lecteur en haleine d’un épisode à l’autre, Pierre Ponson du Terrail a multiplié les péripéties extraordinaires, arrêtant généralement ses histoires à un moment fatidique. Les lecteurs dépités, abandonnés à leurs propres spéculations quant à la suite de l’histoire, n’avait pas d’autres choix que d’acheter les journaux suivants.

Au total, les aventures du Rocambole s’étalèrent entre 1857 et 1870 dans une quinzaine de romans. Il est possible d’en retrouver l’intégrale en deux tomes grâce aux éditions Robert Laffont.

Le mot rocambolesque a longtemps fait défaut à la langue française. Le grand Robert en 9 volumes qui n’est généralement pas avare en synonymes ne lui en trouve… aucun. L’art du rebondissement n’est pas à la portée de tous. Hé hé hé… L’histoire – même récente – nous montre combien les grands de ce monde ont emprunté au rocambolesque.

Après la résurrection littéraire des aventures d’Harry Potter, je cite le cinquième opus de la saga Millenium (500.000 exemplaires pourraient être vendus estime Acte Sud, son éditeur), et bien entendu le 35e album du très rocambolesque Asterix, tiré à deux millions d’exemplaires, tout de même ! J’allais oublier Dan Brown, mais, si vous savez l’auteur du très sensationnel « Da Vinci Code ». Il revient en librairie au mois d’octobre avec « Origine » (un million d’exemplaires attendus) que le « Figaro » décrit comme un roman « Avec les mêmes ingrédients qui ont fait son succès: ésotérisme et technique empruntée aux séries télévisées. »

Rocambolesque, quoi…

Vive la rentrée !

Par Olivier Bruzek

Ah ! La voilà venir l’heure du soulagement ! La rentrée est là et, enfin, les parents vont pouvoir souffler ! Avec les enfants de retour à leurs pupitres, l’école va retrouver sa délicieuse emprise sur nos chères têtes blondes.

J’ouvre une parenthèse.

(Attention à ne pas vous méprendre sur ce qui va suivre : j’aime bien l’école).

Je ferme la parenthèse.

L’école n’a pas le monopole de l’éducation, ni du savoir, ni des méthodes.

Oui, oui, j’en vois bien certains qui dodelinent de la tête, lorsque j’écris ça. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Que les parents ou tuteurs qui n’ont jamais soufflé parce que l’école recommençait lèvent la main !

J’ouvre une nouvelle parenthèse.

(Ceux qui se sentent concernés par cet article sont dispensés de lever leur doigt en l’air.)

Je ferme la parenthèse.

Ah ! Vous voyez, on est bien content de l’avoir notre Education Nationale, même si quelques uns passent une bonne partie de leur temps à la vouer aux gémonies.

Mais attention. Il y a un petit danger au coin du bois. Je m’explique. Ou plutôt, je me répète.

L’école n’a pas le monopole de l’éducation, ni du savoir, ni des méthodes.

Autrement dit, même si l’école recommence, le job des parents se poursuit. Et je ne parle pas des devoirs, des leçons, bref, du suivi de ce qui se passe à l’école. J’évoque non pas le petit plus, mais le fondamental.

Vos enfants doivent lire. Et tout particulièrement autre chose que ce que l’école impose ou recommande. Les personnalités ne se forgent pas à l’aide de recommandations officielles. Il y a un terrain et il y a les rencontres que chacun croise dans sa vie. Les livres et leurs histoires sont les plus belles rencontres qui soient.

Alberto Manguel, l’immense essayiste de la lecture (si vous ne deviez en lire qu’un, je vous recommande l’inaltérable
« histoire de la lecture » chez Actes Sud a eu un jour ces mots :

« La lecture est une conversation avec un livre, un auteur, soi. Lire, c’est demander une présence. Lire, c’est découvrir, c’est aussi relire, au gré de ses désirs. C’est dialoguer avec le passé. C’est apprendre à penser, à repousser les limites, les nôtres, et même celles du livre que l’on lit. Lire, c’est rechercher les ambiguïtés, sans cesse se poser des questions. Et chaque fois que nous allons plus loin, nous nous éloignons d’une réponse facile. Dans la littérature, il n’y a pas de réponses monosyllabiques – oui, non –, que des espaces ouverts […] Lire, c’est apprendre sur soi, c’est appréhender le monde. C’est prendre la liberté, le pouvoir. »

Parce que tout est là. Tout est dit. Dans la lente et patiente histoires de chacun des enfants qui s’affranchit peu à peu de sa dépendance pour tendre vers l’autonomie, il y a ces deux moteurs : gagner sa liberté et trouver sa place dans le monde.

Oui, je prêche pour ma paroisse ! Il faut lire ! De tout ! des récits, des romans, des BD, des essais, des ouvrages de vulgarisation. De tout ! L’idée n’est pas nécessairement de créer des vocations. Elle est d’allumer les flammèches de l’intérêt, antichambre de toutes les passions. Et ça tombe bien, le choix n’a jamais été aussi important. A l’heure où je vous écris, ce mardi 5 septembre, 53 811 livres nouveaux ont été publiés depuis le 1er janvier 2017. Et cela ne tient pas compte des classiques des années précédentes, ni de la prolifique et enthousiasmante production d’épiZ ! Il y a donc tout le choix du monde !

Une idée de cadeau pour un enfant, un ado ou un jeune adulte ? Un livre ou un texte. Rien de tel que de laisser un billet dans une librairie en laissant un enfant avoir carte blanche ou de le laisser écouter les conseils avisés d’un libraire. Il en ressortira avec un livre, son livre, un texte dont vous n’aurez peut-être jamais entendu parlé. Mais qu’il sera ravi de partager le soir avec vous. Et croyez-moi, vous le savez aussi bien que moi, ces moments n’ont pas de prix !

L’archipel du carré blanc

Par Olivier Bruzek

OK. Je sais. Dès le titre, on comprend que je vais parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre.

Le carré blanc a été en son temps la réponse technologique à ceux qui criaient avec véhémence que le développement de la télévision en France s’accompagnait d’une perversion des mœurs. Le gaullisme triomphant et bienveillant de l’époque imposa donc à l’unique chaîne de télévision : le carré blanc. Chaque film ou émission jugés contraire aux bonnes moeurs pour sa violence ou pour ses scènes lascives (pour reprendre le bon mot de Louis de Funès dans les « Ah ! les belles Bacchantes » : voir à 3’17’’ de la bande annonce du film) devait afficher un carré blanc en bas à droite de l’écran. Les citoyens savaient que les personnalités fragiles devaient fuir son contenu.

Aujourd’hui, le carré blanc a disparu, remplacé par une signalétique plus complète et plus complexe. Mais à quoi bon. Aujourd’hui, dans la publicité sur les arrêts de bus, dans les séries TV françaises à des heures de grandes écoutes et même dans la musique, on retrouve ce petit grain de sel (ou de sable) qui pimente les contenus par sa provocation. Cela n’a l’air de rien mais cela pose de vrais problèmes à quelques parents confrontés aux interrogations légitimes de leurs enfants. Mais après tout, apporter des réponses éclairantes, ne fait-il pas partie du travail des parents ?

En lançant épiZ, cette notion de carré blanc a été au coeur de ma préoccupation. Si la question d’une censure des contenus ne se pose pas pour les plus jeunes, il n’en est pas de même pour les jeunes adultes qu’épiZ entend bien séduire avec ses histoires originales.

Jusqu’où aller ? Faut-il avec pragmatisme suivre le mouvement et déverser des tonnes d’hémoglobine et des descriptions licencieuses ou bien s’imposer un carré blanc ?

J’ai choisi la modération. La première vraie raison est que l’on a pas besoin nécessairement de ces ingrédients pour séduire les jeunes adultes avec des contenus. La deuxième raison est pragmatique : je ne sais pas faire. Attention, je ne dis pas que je n’ai pas essayé. Si, j’ai essayé. Mais sans talent. Aussi, arrivé à un jour, où aller contre sa nature a cessé de faire du sens, j’ai préféré m’abstenir.

Dans épiZ, on ne trouve donc que des contenus sobres. Mais attention, cette sobriété ne veut pas dire gnangnan. Je m’explique. Prenons par exemple l’Organisation Capitis, écrit pour les 16 à 116 ans. C’est une histoire à tiroirs avec des personnages en cascade, des scènes aux quatre coins du monde et des énigmes à tire-larigot. Plutôt que de me compromettre avec justement de la violence gratuite et un érotisme de bas étage (ce qui dans mon esprit s’apparenterait justement à du gnangnan), j’ai préféré voir plus grand : la mise en scène d’un combat entre le bien et le mal. Mais attention, hein, tout ça au sens propre. Le vrai mal et le vrai bien…

Oh ! J’en devine quelques uns qui se disent : « hep l’asticot, tu en dis trop ou pas assez ! Et puis c’est quoi cette astuce pour changer de sujet, le bien, le mal… blablabla, y aura de la baston et du sexe ou pas ???? »

Non. Il y a de la bagarre, de l’amour et de la haine. Et croyez-moi, c’est déjà pas mal.

Et là encore, ce n’est pas un hasard. L’un des plus échecs de ma vie est ma constante incapacité à savoir qui me lit. Lors de nos tests, les lecteurs d’Achille et Pénélope avaient entre 6 et 12 ans. A l’origine, je pensais séduire à partir de 4 ans. Echec. Boum. Mais après tout quelle importance pourvu que le fond et la forme s’accordent et que les contenus soient compatibles avec les attentes du lecteur et du parent-payeur.

Deux petites anecdotes récentes ont confirmé mon approche. La première a eu lieu au mois de février. Et pour cela, je dois vous parler de mon amie Susie. Susie est anglaise et vit dans le Kent. Elle travaille a l’accompagnement des jeunes enfants en difficulté au sens de leur cursus scolaire. Pour des raisons familiales, ces enfants n’ont pas une scolarité aisée, notamment dans les petites classes. Pourtant, un vrai choc se passe lors du passage à ce que nous appelons le collège. Ces enfants passent d’un enseignant unique (comme chez nous) à plusieurs enseignants (un par matière). Le problème, c’est que l’environnement familial a fragilisé le développement scolaire de ces enfants qui accusent un retard à l’école. Susie les aide dans cette transition et aussi à devenir plus fort. La lecture est un des moyens utilisé par Susie pour fortifier ces jeunes esprits. Une des difficultés que Susie rencontre, c’est l’offre éditoriale. Elle regrette que dans la littérature adolescente, la violence s’insinue peu à peu. Pour ces enfants qui ont côtoyé la violence (avec des parents parfois en prison), ce genre de prose n’est pas adaptée. La seule solution qu’elle propose, ce sont des textes écrits pour des enfants de 7-10 ans à des jeunes ados de 12 ans. Je suis certain que vous voyez le problème. Cette astuce ne résout rien. A 12 ans, même en retard d’un point de vue scolaire, un enfant n’en a pas moins de 12 ans. Son corps change, ses aspirations, ses jeux, ses rêves. Pourquoi n’en serait-il pas autrement avec ses lectures ?

Susie aime tellement épiZ pour ses contenus neutres et tournés vers l’imaginaire, qu’elle dépense sans compter son énergie naturelle pour traduire une partie de nos contenus en anglais (oui, vous avez bien lu, en anglais). Au delà de la fierté de voir nos textes ainsi mis à l’honneur, je n’ai pas oublié la leçon, violence et érotisme en littérature sont des armes à double tranchants. Elles peuvent aussi bien séduire que participer à la confusion d’un esprit en formation.

Je suis toujours horrifié quand j’entends qu’au quotidien le vocabulaire usuel défend l’idée de l’affrontement… « il faut se battre pour ses idées, lutter pour son honneur, etc. » Avant on débattait, maintenant, on se bat. La violence se banalise, au même titre que le besoin de séduire. Et pourtant, il y a plus d’une voie médiane pour échapper à ces modèles de vie. C’est le chemin médian choisi par épiZ.

J’en viens à ma deuxième anecdote. Si Susie m’a convaincu qu’il fallait des contenus sans excès afin que tout le monde puisse lire nos contenus, la deuxième de mes trois filles qui va bientôt avoir huit ans, a commencé à lire un nouveau livre, comme sa grande sœur. Ma fierté c’est qu’il est sans image. Et ma crainte, c’est qu’elle soit un peu dépassée par le texte. D’elle-même, elle lit Harry Potter. Et bien croyez le ou non. Même à son âge, c’est adapté. Tous les âges peuvent le dévorer. L’absence de sexe et de violence est un gage d’universalité. Et ça marche.

Je termine sur une réflexion que m’a faite Foucauld, un ami, père de quatre enfants à qui il a lu quotidiennement, les histoires de Dove la Colombe. Le soir, lui aussi était impatient de connaître la suite. Au moins tout autant que les enfants. Comme quoi, un petit carré blanc est un vrai passe-partout vers la sérénité.

Bienvenue dans la Mégapolis des écrans

Par Olivier Bruzek

Lors d’une précédente aventure éditoriale, avec mon ami Gaetan Fron, nous avons imaginé et développé un magazine électronique mensuel intitulé 10001 mots. Le principe était simple : chaque mois nous publiions plusieurs textes d’un minimum de 10001 mots, soit l’équivalent d’une cinquantaine de pages de romans.

Le projet reposait sur un constat et sur un emballement.

Le constat tout d’abord. La déferlante internet a eu une conséquence redoutable. La plupart des acteurs du monde de l’information ont vu leur marché traditionnel secoué comme une bouteille de jus d’orange légèrement pétillante. En l’espace de quelques années des groupes de presse qui ont mis des décennies parfois à construire leur croissance et à solidifier leur positionnement, se sont retrouvés du jour au lendemain en face d’une situation inédite. Pour être présent sur internet, ils ont dû accepter d’entrer dans l’ère de l’incertitude des revenus et affronter une concurrence un bon millier de fois plus importante que leurs concurrents traditionnels. La guerre du clic a précipité sur un même ring, forcément trop étroit, des stations de radios, des chaînes de télé, des magazines hebdomadaires, des quotidiens nationaux ou régionaux et toute une flopée de nouveaux entrants prosaïquement surnommés les « pure players ».

Rapidement, les modèles payants ont montré leur limite et la publicité a été accueillie avec un tapis rouge. Cette politique de l’open bar publicitaire a rapidement fait baisser le prix des bandeaux de réclame, et poussé les sites d’information à multiplier les contenus avec l’espoir secret de multiplier les clics et donc les pubs. Les textes des articles se sont réduits comme peau de chagrin. La grande hémorragie qualitative était lancée. Les journalistes chevronnés et lents commencèrent à être remerciés au profit de jeunes plumes que l’on vantait comme brillantes et prolixes. Ah ! Ah ! Ah !

A peu près au même moment Steve Jobs, le trublion milliardaire de la Silicon Valley présentait un nouvel appareil qu’il se régalait d’annoncer comme révolutionnaire : l’iPad . Cela a été notre petite source d’emballement. En l’iPad nous avons vu l’appareil qui allait, comme l’iPhone auparavant, mettre toute l’industrie des contenus d’accord. Et cela nous a donné l’idée de 10001 mots.

10001 mots, c’était donc :

des contenus longs et originaux quand tout le monde faisait court ;
des abonnements abordables sans pub quand tout le monde faisait de la pub.

Après quelques mois, nous avons cessé l’expérience, par manque de clients. Il est vraisemblable que nous étions trop novateurs. 10001 mots alors uniquement disponible sur iPad était un service de niche pour un marché de niches. Les tablettes ont mis des années à se développer. Mais la réalité est là. Le taux d’équipement en tablettes et en smartphone approche à grands pas de 50 à 70% des foyers. Pour y parvenir, les constructeurs n’ont pas vraiment pas mis les petits plats dans les grands : ils ont cassé les prix et multiplié les produits plus innovants les uns que les autres.

Cette politique agressive n’aurait pas pu exister sans une innovation née au siècle dernier et constamment perfectionnée : la diode électroluminescente, plus connue sous l’acronyme LED.

L’estocade finale fut amenée par les travaux menés par les équipes du Japonais Shuji Nakamura (qui gagne un Nobel au passage) qui permirent de renvoyer les écrans à cristaux liquides (les LCD) aux oubliettes de l’histoire de la technologie. Avec les LED, l’industrie électronique avait trouvé de quoi faire des écrans, moins chers et beaucoup plus performants.

Le hic, c’est que performance ne rime pas toujours avec bienveillance. Dans un précédent Blog, j’affirmais péremptoire et avec un poil de mauvaise foi qu’une image ne valait pas 1000 mots. En guise de conclusion, je rappelais combien fuir les images était important et qu’il valait mieux bouger son corps et faire travailler son imaginaire, pour satisfaire notre cerveau et celui des enfants.

Aujourd’hui, mon propos n’a pas beaucoup changé. Si les écrans sont devenus nos meilleurs amis, au point de permettre toutes les audaces et tous les services, ils ont pris une place un peu trop importante à mon goût. Et si j’écris ça, ce n’est pas parce que j’ai été un des (vieux) pionniers de l’information sur internet et que j’y ai connu des réussites comme des échecs à l’image de 10001 mots. Rien à voir.

Le vrai problème des smartphones et des iPad vient de leur technologie. Et notamment des LED. Ma grande amie, le Dr Anaïs Girard-Decis qui est ophtalmologiste a pris le temps de m’expliquer que la performance de ces LED abîme la rétine irrémédiablement. Et notamment à cause du rayonnement bleu extrême. je m’empresse de préciser que ce médecin, n’est pas une militante qui multiplie les mises en gardes à coup de publications. C’est une praticienne spécialiste qui, au quotidien, constate que les excès de temps passé sur écran ont une incidence établie sur le vieillissement prématuré de nos yeux.

Ce qu’elle m’a dit, m’a incité à aller faire un petit tour sur Internet. Les études s’y bousculent.

On pourrait penser que moi, le créateur d’épiZ qui a fait des écrans le moyen pour diffuser des histoires quotidiennes aux enfants, allait avoir du mal à trouver le sommeil. Quelle effroyable responsabilité j’allais porter sur mes épaules en abimant les yeux des enfants dès leur plus jeune âge.

Croyez le ou non, je n’ai jamais aussi bien dormi de ma vie. Et pour cause. Depuis 10001 mots, j’ai fait du chemin. Fini le temps, où j’étais inflexible (Gaetan peut en témoigner). EpiZ n’a pas besoin d’être limité à telle ou telle plate-forme ou à telle et telle technologie.

Je crois aux écrans comme un moyen et non comme une fin. En proposant aux abonnés d’épiZ de recevoir les histoires par e-mail (et par envoi postal désormais), je pense avoir trouvé la parade à la dictature de la lumière bleue. Nos abonnés avant de lire une histoire aux enfants peuvent le plus simplement du monde imprimer le e-mail et tendre la feuille à leur chérubin afin qu’ils lisent un contenu sans image (c’est bon pour le cerveau) et sans lumière bleue… c’est bon pour les yeux.

Non, une image ne vaut pas mille mots !

Par Olivier Bruzek

« Une image vaut mille mots ». La formule est élégante. Elle serait de Confucius, immense philosophe dont la doctrine a peu à peu façonné l’Asie durant deux millénaires.

Une image vaut mille mots.

Notre monde, entré de plain-pied dans la civilisation de l’image fait la part belle à cette phrase. Il n’est plus un produit, plus une information qui ne s’accompagne d’un logo ou d’une illustration. L’image est omniprésente, martelant un message, prémachant pour les cerveaux une information toujours davantage simplifiée.

L’industrie publicitaire a appris à décliner toutes les variantes permises par l’insertion des images dans leurs réclames. L’image fascine autant qu’elle peut choquer. Ciselée, elle est immédiatement efficace, en tout cas, bien plus que que les 1000 mots vantés par la formule. Et pour cause, l’oeil décrypte jusqu’à 50 images par secondes, tandis qu’il faut un plus plus de 5 minutes pour dire à voix haute, les mille mots d’un texte.

Régulièrement, des voix tentent de rappeler le danger de l’imagerie. Trop d’images a une influence sur le cerveau comme le rappelle Claude Allard dans « L’enfant au siècle des images » (Albin Michel, 2000) et désormais disponible en numérique.

Outre les désordres sociaux ou psychiques, l’excès d’image a une incidence directe sur les relations humaines et sociales. Il n’est plus rare, qu’aujourd’hui dans une conversation, on entende, « attends, j’te montre ». Et un interlocuteur de sortir un petit écran afin d’appuyer sa réflexion par un exemple forcément frappant. Cette peste se cantonnait jusqu’alors aux enfants dont le vocabulaire était en cours d’acquisition. Mais depuis quelques années, le « attends, j’te montre » s’est insinué dans le monde adulte où la fierté de dégainer un écran dernier cri n’est pas étrangère à la propagation du mouvement.

Dans notre famille de quatre enfants, « attends, j’te montre » est une formule bannie à la maison, au même titre qu’un gros mot. Nos enfants doivent se débrouiller avec leur vocabulaire pour nous expliquer ce qu’ils veulent dire ou nous désigner. Et vous savez quoi ? Ça marche ! Leur imagination carbure, les analogies parfois périlleuses fusent. Mais au final, ils parviennent toujours à se faire comprendre.

Oui, nous avons besoin des images. Mais à petite dose. L’adage médical a raison lorsqu’il nous dit que tout excès est mauvais. Trop d’images a une incidence sur l’usage du vocabulaire et donc sur la gestion des émotions d’un homme confronté à un groupe. C’est le concept de la granularité émotionnelle décrite par la psychologue américaine Lisa Feldman Barrett. Selon elle, l’expérience des émotions sont intimement lié aux mots que l’on y applique. La régulation des émotions est facilitée par la richesse du vocabulaire.

Mon expérience dans la presse écrite hebdomadaire et en tant que père de famille, m’ont conduit à assumer un choix: limiter au maximum les images dans épiZ. Cela n’a rien d’une lubie. Même si pas loin de 99,9999999999% des publications liées à la jeunesse sont assorties d’images. Je suis arrivé à la conclusion, qu’elles ne sont ni nécessaires, ni obligatoires. Plusieurs rencontres m’ont permis d’arriver à cette conclusion. Outre les travaux des psychologues, sur cette question, j’ai d’abord été confronté à mes enfants eux-mêmes. Le soir, au moment de leur lire une histoire, en rime ou en prose, leurs yeux étaient systématiquement absorbés par la couleur d’une illustration plutôt que par des mots en noir et blanc. Combien de fois, ces gredins ont-ils été tentés de tourner la page pour voir l’illustration d’après, alors que je n’avais pas fini de lire…

J’étais en plein du problème lorsque j’ai eu la chance d’interviewer, l’immense photographe brésilien Sebastião Salgado (http://expositions.bnf.fr/salgado/arret/1/indexbio.htm), œil génial et adepte du Leica. Nous étions dans ses bureaux, non loin du canal Saint-Martin dans les années 2000 et d’emblée, je lui demande, pourquoi, il s’obstine à faire du noir et blanc avec des films argentiques, alors que le numérique et ses possibilités vont révolutionner la photographie. Bien loin de se démonter, il s’empresse de me dire, que le numérique, un jour pourquoi pas, si jamais la technologie arrive un jour à rivaliser avec les nuances si subtiles de la chimie des cristaux d’argents qui réagissent à la lumière. En revanche, il était certain d’une chose. Jamais, il n’abandonnera le noir et blanc. Vous comprenez m’expliqua-t-il avec son accent rond et ensoleillé, quand il voit du noir et blanc, le cerveau est dérouté. Autour de lui, il n’y a que de la couleur. Le noir et banc, l’oblige à s’adapter, à voir les choses autrement.

Salgado avait raison. Quand on y réfléchit bien, il n’est pas une partie de notre corps qui ne s’adapte à la contrainte : le coeur, quand on court, nos yeux à la lumières, nos muscles dans l’effort, le cerveau dans la difficulté. Mais dans notre civilisation de l’abondance, nos corps se fatiguent à ne rien faire et à fuir les contraintes. Et pourtant….

Faire de l’exercice n’est pas une option. Ce n’est pas un choix de vie. Corps et cerveaux ont besoin d’avoir leur dose de travail quotidien. Confronter le cerveau à l’imaginaire est aussi impérieux que de les faire courir. Et ce qui est vrai pour les enfants l’est tout autant que pour les parents.

Lire des mots et côtoyer le monde tel qu’il vit autour de nous, vaut toutes les images.