Derrière la moustache du capitaine Moustache…

 

Par Olivier Bruzek

Très prochainement, épiZ va publier les aventures du capitaine Moustache. De tous les personnages que j’ai imaginés, de toutes les histoires que j’ai écrites, c’est l’une de celle qui me tient le plus à coeur.

Je sais exactement quand est née en moi l’idée de cette saga. C’était le samedi 27 juin 2015, lendemain du vendredi lorsque le Président Barack Obama entonna « Amazing Grace » lors des obsèques d’un pasteur noir, aux côtés de huit de ses paroissiens afro-américains, assassinés par un raciste blanc dans son église à Charleston en Caroline du Sud

Amazing Grace n’est pas un cantique anodin. Son choix par le Président d’alors est un symbole puissant. Il évoque l’incroyable grâce de l’amour et du pardon divin. C’est John Newton, un Anglais né au XVIIIe siècle qui en a l’idée. Capitaine de navire négrier entre l’Afrique et les Amériques, John Newton manque de périr en mer lors d’une épouvantable tempête en mai 1748. Ce jour-là, il est touché par la grâce de Dieu qui lui fait prendre conscience de l’abomination de ses actes. En échange de sa conversion et de son salut, John Newton est sauvé. La tempête s’arrête. Avec les années, il cesse son commerce, devient prêtre et milite pour l’abolition de l’esclavage.

Depuis, Amazing Grace a conquis le monde. Il célèbre l’immense amour de Dieu et de son prochain.

Les récents et sinistres événements de Charlottesville en Virginie où les atermoiements du Président Trump ont un peu plus creusé le fossé entre deux Amériques, héritières du conflit sécessionniste, j’ai compris que la question de l’esclavage demeure, hélas, d’actualité, tout comme la place dans nos sociétés modernes des descendants de ces hommes et de ces femmes qui n’ont jamais demandé à quitter leur terre.

C’est de ce jour que j’ai voulu créé le Capitaine Moustache, pirate haut en couleur, naviguant sur la Caraïbe au XVIIIe siècle. Avant d’être le capitaine Moustache, Louis-Archambault Missonnier est un pirate classique qui se fait appeler Barbe-Blonde. Il est sanguinaire, attiré par l’or, colérique, alcoolique, violent et prêt à tout pour éviter que son équipage ne se mutine. Comme tous les pirates de son époque, la vie à bord de son navire, le Griffon Noir, est extrêmement réglée. Les pirates ont beau avoir rejeté l’existence continentale et terrestre pour embrasser une vie aventureuse débridée, ils n’en ont pas moins adopté des règles quotidiennes de vie très rigoureuses et strictement égalitaires.

Le hasard des marées et des campagnes vont conduire Barbe-Blonde sur le chemin d’un jeune homme épris de justice, le comte Paul-Hélie de Firénac, aristocrate français, blanc par son père et noir, fils de princesse Peule par sa mère. Mélange du chevalier de Saint-Georges et de Toussaint Louverture, il a été éduqué à Paris selon les principes émergents des Lumières. Le jeune homme est en mission secrète pour tenter de freiner l’esclavage qui fait rage du fait du commerce triangulaire. Il demande de l’aide à Barbe-Blanche. Dans un premier temps, celui-ci accepte, avant de trahir sa promesse sous un prétexte fallacieux où se retrouve la patte égoïste que tout homme porte en lui.

Cette décision va se retourner contre le pirate. Un mystérieux personnage, deus ex machina du plan secret du jeune comte, va maudire Barbe-Blonde. Celui-ci va payer sa trahison de la pire façon qui soit : il va le rendre immortel, à la façon du juif errant qui pour n’avoir pas aidé Jésus sur le mont des Oliviers va être condamné à errer sur Terre jusqu’à la fin des temps. Barbe-Blonde va être frappé du même châtiment pour ne pas avoir aidé à mettre un terme au plus abject des commerces : celui des hommes par les autres hommes.

On estime qu’entre 10 et 15 millions de noirs quittèrent l’Afrique pour un voyage sans retour de l’autre côté de l’Atlantique. Cette saignée dans ce continent a longtemps été payée en ralentissant son développement économique ainsi que démographique.

Pour expier son crime, le Capitaine Barbe-Blonde, comprenant peu à peu la terrible erreur qu’il a commise va changer de surnom, un passe-partout qui lui permet de traverser les siècles, mais surtout son allure. A jamais, il rasera sa barbe qui signe son infamie et arborera une moustache, signe de l’homme nouveau, plus raffiné que l’ancien et surtout engagé dans un combat de justice.

Lourd et balourd à la fois, le capitaine Moustache incarne l’homme qui après avoir joui des vertus de l’oubli, rappelle à toute l’humanité, quels chemins sont justes et quels chemins ne le sont pas. Tout au long de ses aventures, actuelles ou passées, le Capitaine Moustache se chargera de nous apprendre combien nos décisions nous engagent et, combien, la vie ou ses lendemains peuvent être fragiles.