De Rocambole à rocambolesque

Par Olivier Bruzek

1857 fut, selon moi, une année pivot dans l’histoire de la littérature française du XIXe siècle. Cette année là, plusieurs œuvres majeures furent publiées parmi lesquelles :

« les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire ;
« Madame Bovary » de Gustave Flaubert ;
« Les Nouvelles Extraordinaires » d’Edgar Allan Poe dans sa version française ;

Et, et, et… « L’héritage mystérieux » de Pierre Ponson du Terrail.

Comment ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? Tsss ! Tsss !

OK. Je confesse. Moi aussi jusqu’à peu, j’ignorais tout du texte et de son auteur. En revanche, je connaissais le nom de son héros : Rocambole. Ce surnom affuble un adolescent orphelin qui sera bientôt adopté par Maman Fipart, une cabaretière qui verse dans l’escroquerie. Il sera repéré par une figure de la pègre londonienne : sir William. Carambole est une fripouille attachante. Ce héros littéraire d’un autre temps nous a légué un mot : rocambolesque, à l’image de ses aventures picaresques, aux rebondissements inattendus. Rocambole est assurément un des nombreux ascendants d’Arsène Lupin, le raffinement en moins.

Pierre Ponson du Terrail en imaginant son personnage répondait en fait à une commande : celle du directeur du journal « La Patrie » qui voulait reproduire le succès des « Mystères de Paris » d’Eugène Sue, publiés sous la forme de feuilleton-roman (comme on disait à l’époque) dans le « Journal des Débats ».

Pour tenir, le lecteur en haleine d’un épisode à l’autre, Pierre Ponson du Terrail a multiplié les péripéties extraordinaires, arrêtant généralement ses histoires à un moment fatidique. Les lecteurs dépités, abandonnés à leurs propres spéculations quant à la suite de l’histoire, n’avait pas d’autres choix que d’acheter les journaux suivants.

Au total, les aventures du Rocambole s’étalèrent entre 1857 et 1870 dans une quinzaine de romans. Il est possible d’en retrouver l’intégrale en deux tomes grâce aux éditions Robert Laffont.

Le mot rocambolesque a longtemps fait défaut à la langue française. Le grand Robert en 9 volumes qui n’est généralement pas avare en synonymes ne lui en trouve… aucun. L’art du rebondissement n’est pas à la portée de tous. Hé hé hé… L’histoire – même récente – nous montre combien les grands de ce monde ont emprunté au rocambolesque.

Après la résurrection littéraire des aventures d’Harry Potter, je cite le cinquième opus de la saga Millenium (500.000 exemplaires pourraient être vendus estime Acte Sud, son éditeur), et bien entendu le 35e album du très rocambolesque Asterix, tiré à deux millions d’exemplaires, tout de même ! J’allais oublier Dan Brown, mais, si vous savez l’auteur du très sensationnel « Da Vinci Code ». Il revient en librairie au mois d’octobre avec « Origine » (un million d’exemplaires attendus) que le « Figaro » décrit comme un roman « Avec les mêmes ingrédients qui ont fait son succès: ésotérisme et technique empruntée aux séries télévisées. »

Rocambolesque, quoi…