Et pourquoi pas la co-lecture ?

C’est Daniel Pennac dans son livre « comme un roman » qui pose la question. Que sont devenus les enfants qui, dans leur prime jeunesse, guettaient l’histoire du soir ? Pourquoi, une fois adolescent, ils renâclent, rechignent même parfois, à ouvrir une lecture, pourtant imposée par l’école ? Où est passé le plaisir de lire, l’émerveillement devant des mots nouveaux, le rire à gorge déployé après une situation cocasse, l’effroi après un énième rebondissement ?

Pourquoi, avec les années, lire devient une contrainte et plus un plaisir ?

Daniel Pennac a une intuition. Elle est pragmatique. Si les enfants aiment lire petits, c’est parce que l’on passe un temps exclusif avec eux. L’écrivain évoque un moment quasi sacré, presque religieux où un monde se partage entre un parent, un enfant et un récit. Plus tard, un des éléments disparaît : le parent. Au nom des années qui passent, on les laisse seuls face à leur histoire. En s’effaçant, l’adulte emporte avec lui, une composante forte de la lecture du soir : une forme d’amour.

Tout cela pose une autre question. Existe-t-il un âge limite comme il y a des âges limites pour pratiquer la co-lecture ?

La réponse est… NON !

L’histoire qui suit est authentique. Amélie a aujourd’hui 19 ans. Depuis qu’elle est petite, sa Maman lui lit une histoire ou un chapitre d’histoire chaque jour. Oui, chaque jour !

Les parents d’Amélie se sont séparés. Une semaine sur deux, la jeune fille a vécu en alternance chez l’un et chez l’autre. En dépit de cette situation, sa maman n’a jamais sacrifié à leur rituel quotidien. La co-lecture se faisait par téléphone…

Moi-même, dans ma famille, je pratique la co-lecture. Chaque soir est un moment où je partage avec mes deux derniers enfants (ils ont aujourd’hui 9 et 10 ans) nous dévorons des histoires. L’opération prend entre 20 et 30 minutes chaque soir. C’est peu et beaucoup à la fois. Peu en termes de temps et beaucoup en termes de résultat. Il ne se passe pas un soir sans que mes filles n’apprennent des mots nouveaux, n’entendent dans ma bouche une anecdote à propos d’un mot, d’une histoire ou d’une règle de grammaire.

Tout est prétexte à discuter et à s’enrichir, à ouvrir et à fermer une parenthèse dans la journée. À nous plonger dans le fantastique et le merveilleux pour mieux mettre des mots sur le réel.

Que sont trente minutes par jour ? Cela représente un total de 180 heures de lecture et de culture générale par an. Trente minutes par jour, c’est plus d’une semaine de lecture parmi les 365 jours de l’année. Je parle d’expérience, trente minutes par jour, c’est plus de 8 000 pages diverses de romans, de poèmes et même d’articles de journaux éclairants. Dans ces 8 000 pages s’étalent plus de 15 millions de mots chaque année. Imaginez l’impact de ces 15 millions de mots par an qui se frottent à un enfant en plein devenir, en pleines interrogations, en pleine évolution ?

15 millions de mots ?

À l’heure des écrans tous puissants, je vais oser une comparaison audacieuse. Rappelez-vous une seconde de vidéo représente autour de 25 images. Que valent 15 millions d’images ? 625 000 secondes, soit 170 heures de vidéo.

Or, que pensez-vous qui marquera à jamais l’édification d’un enfant ?

170 heures de vidéo ou 8 000 pages de livres ?

Des livres bien sûr ! N’importe qui peut solidifier comme jamais une vie, surtout celle d’un ado ! Il suffit de 30 minutes par jour.