Fait à la main

Il y a des années de cela, un après-midi d’août, en Bourgogne, je paressais dans le jardin d’une vieille maison de famille solidement installée sur un plateau. Un puissant orage est venu frapper la vallée. Les éclairs frappaient les abords de la merveilleuse cité de Cluny. Des grosses gouttes d’eau chaude me visèrent. Au début, elles étaient éparses. Puis, elles tombèrent en ordre serré, m’obligeant à me réfugier dans la bibliothèque. C’est là, où attendant que le ciel s’apaise, que mon regard fut attiré par une magnifique collection de la Pléiade. Un ouvrage avait été mal rangé. Sa tranche dépassait : le tome I des Œuvres de Paul Valéry. Machinalement, je m’en saisis et je l’ouvris à une page au hasard. C’est là que, vers la fin, le texte m’a sauté aux yeux. Au beau milieu du Discours aux chirurgiens, Paul Valéry avait rédigé le plus bel éloge de la main.

Je n’ai jamais oublié ce texte que je reprends régulièrement. En 2018, évoquer la précision des mains peut sembler anachronique, tant les machines aiment suppléer à l’universalité de l’organe du toucher et de la préhension. Jadis, on écrivait à la main et les typographes mettaient en page à la main. Désormais, ce sont les doigts qui saisissent un texte. Ce sont les seuls pouces et les index qui écrivent en rafale sur les écrans des téléphones intelligents. La main n’est plus qu’un support.

Chez Épistoire, cette mécanisation extrême ne nous a pas échappé. Tout au long de notre développement, nous nous sommes posés la question de la place que le travail manuel devait conserver dans notre activité. Il existe aujourd’hui toutes sortes de machines industrielles qui ont été conçues pour faciliter notre travail d’éditeur épistolaire. Outre les timbreuses, il y a des plieuses qui mettent sous enveloppes. Ces engins sont des monstres de précision et d’efficacité. Le bon sens moderne voudrait que l’on en possède plusieurs.

Mais non.

Nous avons fait le choix d’une autre radicalité : le savoir-faire manuel. Toutes nos missives sont ornées à la main de timbres de collection. Toutes nos enveloppes postales sont calligraphiées à la main et scellées à la cire. Toutes nos lettres sont amoureusement pliées par nos talents qui, jour après jour, envoient des dizaines de courriers aux quatre coins du monde. Ainsi, les enfants abonnés sont certains d’avoir des lettres uniques au monde : manuscrites et à leur nom.

Impossible de poursuivre, sans vous parler de notre fierté de travailler avec nos Talents. Il s’agit d’hommes et de femmes employés par l’Esat Plaisance. De 9 heures à 17 heures, chaque jour, dans une ambiance chaleureuse, nos textes, nos enveloppes et nos timbres sont étalés sur de gigantesques tables autour desquelles des mains habiles s’empressent de les trier, de les plier, de les réunir et les envoyer. Sans eux, Épistoire ne pourrait pas connaître sa réussite. Qu’ils soient ici remerciés. Et qu’il trouve dans ces quelques lignes, un hommage à leur savoir-faire et une promesse : tant qu’Épistoire aura des abonnés, ils auront notre confiance.

Abonner un enfant à nos histoires, c’est aussi leur garantir une activité professionnelle pérenne. Les machines passent et trépassent au gré des mises à jour. Mais, le travail manuel de ces hommes et de ces femmes demeure et contribue à produire un impact exceptionnel sur nos jeunes abonnés en leur offrant des textes hors du commun dans un écrin de papier et de savoir-faire séculaire.