Le goût des histoires et de l’Histoire

Le goût du récit est inhérent à notre famille. La genèse d’épistoire se fonde sur une flatteuse généalogie de conteurs et d’écrivains qui nous ont transmis le goût des histoires. Depuis tout petit, je sais l’importance de la digression dans une narration. Je me souviens des commentaires de certains de mes professeurs qui me reprochaient de ne pas aller à l’essentiel.

Chacun de mes quatre enfants a toujours aimé lire. Mais ce n’est pas là ma plus grande fierté. Nous avons tous une passion commune : l’Histoire avec une majuscule. Ce n’est donc pas un hasard si la plupart de nos récits imaginaires s’appuient sur l’Histoire et la Géographie. Un ami érudit n’a pas manqué de noter que les premières lignes de l’océan des mystères mettant en scène Achille et Pénélope pour les 4-6 ans, commencent par la discrète évocation du tremblement de terre qui ravagea Lisbonne en 1755. L’événement n’a aucun autre impact sur le récit sinon qu’il pousse la famille d’Achille et Pénélope à partir pour l’Amérique, autrement dit pour le Brésil.

À bien y regarder, il n’est pas un seul récit pour lequel je n’ai fait des recherches afin de traquer la moindre incohérence. Ce n’était pas par crainte de tomber sur un spécialiste qui allait nous chercher querelle. Non ! Mais bel et bien parce que nous nous adressons à des enfants. De la petite enfance à l’adolescence, ce sont des éponges. Ils retiennent tout. Absolument tout ! Autant, dans ces conditions, faire en sorte qu’ils mémorisent des événements ou des lieux bien réels, à l’image de ce qu’ils découvrent lors des voyages de Dove la Colombe, un sympathique volatile qui s’aventure dans les plus grandes et belles régions d’Europe ou d’Augustine qui sillonne la France et la Belgique sur nos paisibles canaux.

Les férus d’Histoire – je maintiens volontairement la majuscule – se retrouveront dans nos récits de la « Génération Collège » (11-14 ans). Il n’est pas une série qui ne s’appuie sur le passé, à commencer par Antonia, voyageuse temporelle. Notre héroïne nous fait aussi bien découvrir l’Angleterre victorienne, que le temps des rois Francs ou encore le haut Moyen-Âge. Les aventures du capitaine Moustache s’étirent du début du XVIIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle. Malo, corsaire de Louis XIV, sévit lors de la guerre avec l’Espagne dans les années 1650. Kallistos nous plonge en 235 avant Jésus-Christ à Alexandrie des années après le partage d’Alexandre le Grand par ses généraux. Quant à Héroïques, le texte prend prétexte de la croisade des enfants en 1212 qui pensaient pouvoir aller délivrer Jérusalem avec la seule force de leur foi.

Lire nos histoires, ce n’est pas seulement se divertir ou ritualiser ses soirées, c’est semer des graines de culture générale dans l’esprit de nos enfants. Lorsque nous écrivons que nous leur suscitons le goût de la lecture, ce n’est pas simplement parce que les intrigues sont prenantes. Il faut rendre à César ce qui est César : c’est parce que nos récits s’appuient sur l’aventure humaine passée et présente. C’est parce que les mots font, quoi qu’on en dise, davantage voyager que les images. C’est parce que lire régulièrement tend à les confronter à des situations qui complètent ou vont bien au-delà des programmes scolaires. En un mot, lire contribue à faire de nos enfants des géants.